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Dossier : Décarbonation du secteur aéro

Aéro : la transition sera-t-elle juste et équitable ?

Aidée par l’État, la filière a entamé sa transition. Déjà, des déséquilibres apparaissent entre donneurs d’ordre et sous-traitants, entre métiers d’avenir et métiers en tension, entre actionnaires et salariés. Pourtant, il n’y aura pas de transition juste et équitable sans partage de la valeur et accompagnement des évolutions métier. 
Ces enjeux se déclinent dans chaque entreprise de la filière : les représentants du personnel disposent de leviers d’action. Le dialogue social doit intégrer ces sujets, certes d’ampleur sociétale, mais qui ont des répercussions concrètes sur les collectifs de travail et chaque salarié. 

équipe montant une rampe d'avion

Des aides inégalement distribuées 

1,5 Md€ de crédits entre 2020 et 2022 géré par le CORAC, 1,3 Md€ dans le plan France Relance, 1,2 Md€ apportés par le volet aéronautique du plan France 2030 : le soutien de l’État français (appuyé par l’Europe) à la filière est volontaire, significatif, nécessaire. Ces fonds publics ont répondu en premier lieu au choc de la crise du Covid-19 subi par la filière. Mais surtout, ils alimentent et orientent les importants investissements à engager pour répondre aux enjeux de décarbonation du secteur. Néanmoins, ces milliards masquent une concentration de ces aides sur les majors du secteur ainsi qu’un transfert de l’effort d’investissement des entreprises vers des fonds publics.

Évidemment, le bilan n’est pas le même pour toutes les entreprises de la filière, notamment pour les structures de taille intermédiaire et les PME, qui ne bénéficient pas toutes des plans de soutien dans les mêmes proportions et n’ont pas la même solidité financière. Par exemple, l’équipementier Latécoère n’est pas revenu à l’équilibre en 2021 : son taux d’EBIT est de - 19 %. 

autofinancement et ebit

Quelles contreparties à l’aide publique ?

Plus globalement, 3 principales questions se posent :

  • quelles sont les contreparties à ces aides ? 
  • dans quelle mesure les majors vont-ils entraîner la chaîne de sous-traitants en leur faisant bénéficier indirectement des aides perçues (logique du « ruissellement ») ? 
  • que ce soit la loi de 2017 sur le devoir de vigilance (responsabilité sociale et sociétale des donneurs d’ordre sur l’ensemble de la chaîne de production, fournisseurs et sous-traitants compris) ou la déclaration de Toulouse du 4 février 2022, les engagements sont peu contraignants. 
  • quel partage de la valeur créée après les efforts importants consentis depuis 2 ans (activité partielle, restructurations...) ?  

Rappelons que les performances de l’entreprise sont générées grâce à l’outil économique, qui est la conjugaison des moyens de production et du travail des salariés. Ainsi, les entreprises se doivent de prendre en compte les intérêts de toutes les parties prenantes. Cette responsabilité sociétale doit être mise en œuvre au regard des moyens des entreprises, pour un partage juste et équitable des résultats entre salariés, investissements garants de la pérennité de la filière, et actionnaires.

Enfin, la décarbonation de la filière se traduit par des évolutions progressives mais structurelles en termes de compétences. Par exemple, les nouveaux outillages de production conduisent à des suppressions de postes de techniciens, remplacés par des ingénieurs, en raison de besoins davantage centrés sur des compétences de chef d’équipe et de management. Parallèlement, de nouveaux métiers continuent à se développer ou émergent : ingénieurs du vivant pour la végétalisation des bâtiments, ingénieurs hydrogène (piles à combustible, systèmes électriques, électro-chimie, stockage...), techniciens matériau composite. Les employeurs ont la responsabilité d’anticiper et de proposer aux salariés de les accompagner par la formation et des passerelles entre métiers.

Quels sont vos leviers d'action ?

Les informations-consultations récurrentes et les expertises associées constituent des leviers utiles en toutes circonstances.
 
Les informations-consultations récurrentes font partie de vos prérogatives. Elles peuvent vous servir notamment à :

  • obtenir des informations écrites et précises ;
  • interroger votre direction ;
  • la questionner sur les choix opérés et leurs conséquences ;
  • l’interpeler sur des points de vigilance.

 
Le recours à l’expertise est un de vos droits, qui peut être mobilisé pour :

  • obtenir davantage d’informations, que l’employeur est tenu de communiquer à l’expert ;
  • avoir un regard extérieur, engagé pour la prise en compte des intérêts des salariés ;
  • intégrer et croiser les dimensions SSCT, économiques, et sociales et environnementales ;
  • rendre un avis éclairé, même sur des sujets techniques et dans un contexte complexe et très évolutif.

 

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