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Comment bien négocier sa rémunération en 2020 ?

Depuis 2019, une série de mesures a modifié, favorablement pour l’employeur, le coût des salaires : renforcement des réductions des cotisations sur les bas salaires, baisse des cotisations maladie, suppression de la garantie minimale de points (GMP)... Elles constituent autant de marges pour les négociations salariales qui s’engagent en 2020.

tirelire

I. Quelles évolutions en 2019 et 2020 ?

1. L’ÉVOLUTION DU SMIC EN 2020 NE PERMET PAS DE MAINTENIR LE POUVOIR D’ACHAT

Après une progression de 1,5% en 2019, équivalente à celle de l’indice des prix à la consommation, le SMIC est réévalué à 1 539 € par mois au 1er janvier 2020, soit une hausse de 1,2%. Celle-ci est proche des projections d’évolution de l’indice des prix à la consommation (calculé pour l’ensemble de la population). Cela ne devrait cependant pas permettre de maintenir le pouvoir d’achat des salarié·e·s. En effet, le prix de certaines dépenses incompressibles, déjà en hausse en 2018, augmente encore en 2019 : l’indice de l’alimentation se renchérit ainsi de 2,1% (+2,5% en 2018), et celui de l’énergie de 2,6%, après une hausse de 8% en 2018 !

2. ÉVOLUTION DES SALAIRES EN 2019 : LES CADRES RESTENT PLUS FAVORISÉS

En moyenne, les évolutions salariales observées en France ont, comme en 2018, été plus favorables aux cadres. Leurs augmentations moyennes (y compris promotions) se situent en 2019 autour de 2,8% (2,5% en 2018), contre 2,4% pour les non-cadres (2,2% en 2018) (source : Étude rémunérations 2019, Deloitte).

evolution smic pmss indice prix

II. OÙ EN EST-ON DE LA BAISSE DES COTISATIONS ?

De nombreuses modifications sont intervenues en 2019. Les trois principales mesures ont généré des économies pour les employeurs, en particulier sur les bas salaires.

1. LES DISPOSITIONS FAVORABLES À L’EMPLOYEUR

Réductions « Fillon »
L’augmentation du mécanisme de réduction de cotisations patronales (« réduction Fillon ») sur les salaires inférieurs à  1,6  SMIC  :  une  réduction  du  coût  pour  l’employeur  de 4,05 points au niveau du SMIC à partir du 1er octobre.

Un·e salarié·e payé·e au SMIC coûtait à l’employeur 62€ de moins au 1er octobre 2019 que le mois précédent.

Conversion du CICE et du CITS en allégement de cotisations maladie
Le CICE, ou CITS pour les organismes à but non lucratif, est convertit en une réduction de cotisations maladie (de 13% à 7% des salaires bruts inférieurs à 2,5 fois du SMIC). Si l’effet est quasiment neutre pour les sociétés commerciales, qui bénéficiaient du CICE, cela se traduit par une véritable réduction du coût pour les organismes à but non lucratif qui passent de 4% de CITS à 6% de baisses de cotisations (+2 pts) et pour les EPIC, qui ne bénéficiaient pas du CICE (+6 pts).

Pour illustration, l’économie pour une association, sur un salaire de 2 500€, était de 100€ en 2018, sous forme de CITS et de 150€ en 2019 sous forme de réduction de cotisation.

Outre l’effet baisse de coût, l’année 2019 a été favorable en termes de trésorerie, puisque les sociétés ont à la fois encaissé le CICE de 2018 et décaissé moins de cotisations patronales.
 
Suppression de la garantie minimale de points retraite (GMP)
La suppression de la garantie minimale de points retraite (GMP) peut représenter jusqu’à 541€ d’économie pour l’employeur par an et par salarié·e concerné·e sur les salaires cadres inférieurs au plafond mensuel de la Sécurité sociale (PMSS).

2. LES MESURES PROCURANT UN AVANTAGE AUX SALARIÉ·E·S

Trois mesures ont généré potentiellement des avantages salariés.

•    La réduction des cotisations salariales sur les heures supplémentaires et complémentaires (-11,31%) génère, pour un contingent d’heures équivalent, un supplément de rémunération nette pour les salariés. Encore faut-il en faire ou qu’elles soient décomptées…

•    La Prime exceptionnelle de pouvoir d’achat (PEPA), limitée à 1 000 €, est exonérée de cotisations salariales et patronales ainsi que d’impôt sur le revenu pour les salariés dont la rémunération était inférieure à 3 fois le SMIC annuel l’année précédente.
Le bilan définitif communiqué par Matignon mi-2019 montre que moins d’un·e salarié·e sur quatre l’a touchée… Qui plus est, la prime atteint en moyenne 400 €… bien loin des 1 000 € de plafond. Enfin, le rapport de l’Insee et de l’Accoss sur cette mesure précise bien – comme nous pouvons le constater – que cela a pu peser aussi à la baisse dans les négociations salariales.

•    Enfin, la suppression de la GMP génère également un effet positif de 331 € nets par an pour les cadres dont le salaire est inférieur au PMSS.

3. ET EN 2020 ?

Après cette vague de réductions, 2020 s’accompagne d’un nombre plus réduit de nouveautés :

•    au niveau du SMIC (et de manière dégressive jusqu’à 1,6 SMIC - réductions Fillon), la réduction de cotisation employeur de -4,05 points intervenue au 1er octobre 2019 jouera sur une année pleine en 2020 ;
•    la Prime exceptionnelle de pouvoir d’achat (PEPA) est reconduite, mais elle est désormais conditionnée à l’existence d’un accord d’intéressement au moment de son versement. Seules structures exemptées de cette condition, les associations et fondations reconnues d’utilité publique.
 
À noter également, deux mesures visent à « pénaliser » l’usage de la « flexibilisation » :

•    une taxe de 10 € est appliquée à chaque contrat CDD d’usage conclu à partir du 1er janvier 2020 ;
•    un bonus/malus sur les cotisations chômage, qui entrera en vigueur en 2021, modulera le taux de cotisation chômage (actuellement à 4,05%) de 3% à 5,05% dans 7 secteurs.

Enfin, comme chaque année, l’actualisation du SMIC et du plafond mensuel de la Sécurité sociale (PMSS, réévalué à 3 428€ en 2020, +1,51%) a des effets indirects sur le coût pour l’entreprise (voir tableau ci-dessous).

seuil 2020
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