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Des aides publiques déterminantes pour le devenir du secteur aéronautique

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Premier contributeur au solde positif du commerce extérieur de la France, l’aéronautique représente au bas mot 350 000 emplois directs. Pour des raisons de souveraineté nationale autant que de soutien à l’emploi, il semble difficile de laisser le secteur à lui-même. C’est désormais un plan de sauvetage à plus long terme qui est attendu par les différents acteurs du secteur.

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Premières touchées par la crise, les compagnies aériennes ont déjà bénéficié d’une injection massive de fonds publics au niveau mondial (entrée au capital, prêts, garanties…). La France prête ainsi 7 milliards d’euros à Air France, les Pays-Bas devraient suivre avec une aide de 4 milliards d’euros pour KLM, tandis que l’État allemand va devenir le premier actionnaire de Lufthansa avec une augmentation de capital de 9 milliards d’euros. Pour les autres acteurs, un fonds public-privé d’au moins 1 milliard d’euros pour les entreprises risquant la défaillance est en cours de constitution en France autour de BPI et  d’ACE  Management. À l’échelle européenne, la création d’un fonds de relance européen de 750 milliards d’euros a été annoncée : quelle sera l’allocation de cette enveloppe au secteur aéronautique, sachant que les secteurs liés aux transitions écologique et numérique et à la recherche et l’innovation pourraient être privilégiés ?

POLITIQUE INDUSTRIELLE

Une des solutions : faire de ces aides un levier de politique industrielle, en les conditionnant à l’inflexion de la politique produit : renouvellement d’une partie de la flotte par des plateformes moins émettrices  de gaz à effet de serre pour les compagnies aériennes, dépenses R&D consacrées à des évolutions technologiques plus écologiques pour les constructeurs.

Il est également indispensable de conditionner les aides publiques à la préservation des emplois, pour éviter que les résultats ainsi préservés ne soient versés en dividendes, au détriment des compétences centrales pour le secteur aéronautique et pour l’industrie de façon plus générale. Une évolution de la gouvernance des groupes est souhaitable, avec un rôle renforcé des représentants des salariés dans les processus de décision et dans le suivi de leur mise en œuvre (conseils d’administration et de surveillance, devoir de vigilance…).

Il est nécessaire de penser la politique industrielle au niveau de la filière tout entière et ne pas se limiter au périmètre des entreprises : relocaliser une partie des emplois aurait l’avantage de sauvegarder les compétences, tout en sécurisant les chaînes d’approvisionnement et en améliorant le bilan carbone de la filière.

La responsabilité de tous les acteurs doit être engagée afin de rechercher au mieux des solutions de diversification hors secteur, avec des aides pour les entreprises choisissant de repositionner une partie de leurs effectifs sur de nouveaux marchés.

Enfin, une attention particulière doit être portée aux entreprises les plus éloignées des avionneurs. Plus fragiles financièrement et plus susceptibles d’être victimes du rapatriement de charge de la part de leurs donneurs d’ordre, ces entreprises risquent de supprimer des emplois sans que des moyens suffisants ne soient prévus pour l’accompagnement des salariés.

 

UNE NOUVELLE ACCÉLÉRATION DE L’INTERNALISATION DE LA FILIÈRE EST-ELLE À PRÉVOIR ?

  • Restauration rapide de la rentabilité => délocalisations vers des pays low-cost pour baisser les coûts, avec incitation aux fournisseurs des rangs 1, 2 et suivants à délocaliser égale- ment => Destruction d’emplois en Europe.
  • Rétablissement d’une activité proche de celle d’avant la crise => délocalisations pour répondre aux conditions imposées par les contrats (offsets).=> Destruction d’emplois en Europe.
  • Réorganisation de la chaîne d’approvisionnement => équilibre entre sécurisation par une diversification des sources d’approvisionnement et coûts de qualification d’un nouvel acteur.

La grande inconnue reste de savoir si les États européens oseront faire le choix de l’emploi et des compétences face à des dirigeants et actionnaires qui leur opposent d’ores et déjà la survie des entreprises et le retour rapide aux niveaux de rentabilité d’avant crise.

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