Actualités

REPLAY | 4e Rencontres de la métallurgie | Inflation et pouvoir d'achat

Afficher l'article en plein écran

Tensions géopolitiques, assombrissement des perspectives macro-économiques, ralentissement de l’économie française... Après 2 années de forte croissance des prix, en a-t-on fini avec l’inflation ? Qui en a le plus profité ? Comment a évolué le pouvoir d’achat ? Que peuvent revendiquer les syndicats ? Sur quelles données s’appuyer en matière de NAO ? C'est ce dont ont débattu en direct à Syndex Marc Aubry, secrétaire national de la FGMM-CFDT, Fabrice Nicoud, président de la CFE CGC métallurgie, François Geerolf, économiste à l'OFCE, et notre experte Elsa Costanzo lors de nos quatrièmes Rencontres de la Métallurgie le 6 février dernier !

4ème Rencontres de la métallurgie

Alors que l’inflation est au cœur des médias et des discussions entre syndicats et patronat depuis près de trois ans, ce temps était nécessaire pour revenir sur le concept même de l’inflation, sa mesure et la meilleure manière de s’en emparer lors des négociations salariales.

Une mesure de l'inflation faussée

N’oublions pas, d’abord, que la mesure de l’inflation par l’INSEE est un construit politique qui ne rend pas forcément compte de manière fidèle de l’évolution du pouvoir d’achat. En particulier, contrairement aux autres pays européens, la France ne tient pas compte de l’évolution du prix des achats immobiliers, poste pesant pourtant significativement sur les dépenses des ménages et dont les valeurs ont explosé. Autre écart avec nos voisins, qui amène l’INSEE à calculer un IPCH, indice des prix harmonisé, les dépenses de santé sont incluses sans tenir compte des remboursements de la sécurité sociale. Or, sur les 3 dernières années, l’écart de progression entre IPC (indice suivi en France) et IPCH est de 2 points : autrement dit si nous avions calculé l’inflation de la même manière que nos voisins les chiffres de l’inflation auraient été de 2 points supérieurs …

La non-indexation des salaires sur l'inflation, un dogme purement théorique

Un petit détour par l’histoire a permis de rappeler que jusqu’en 1983 tous les salaires étaient indexés à l’inflation, comme c’est d’ailleurs toujours le cas en Belgique. L’inflation n’était alors pas un problème pour les salariés, puisque l’indexation permettait de maintenir mécaniquement le pouvoir d’achat. Comme l’a rappelé Marc Aubry, nous nous trouvons donc dans un moment de l’histoire contemporaine où nous sommes confrontés à une poussée inflationniste sans mécanisme d’indexation des salaires, après une période d’inflation historiquement faible. Le SMIC est quant à lui toujours, fort heureusement, indexé à l’inflation. La petite musique qui pointe dans la rhétorique du gouvernement et des médias d’un souhait de dé-smicardisation de la France ne doit pas conduire à une désindexation du salaire minimum, qui serait une entaille profonde dans la protection des plus bas revenus, dégradant encore une situation financière déjà précaire des travailleurs au Smic.

Si beaucoup de directions lors de NAO se sont improvisés économistes et ont avancé le fameux argument de la boucle prix – salaire pour justifier de ne surtout pas augmenter les salaires à hauteur de l’inflation, un rapport du FMI a montré que cette boucle existait seulement dans les théories économiques. M. Geerolf a précisé que dans le cas d’une inflation importée comme la nôtre, portée par les tensions géopolitiques et leurs influences sur les prix de l’énergie et des matières premières, cette boucle a d’autant moins de réalité. Finalement, d’après les derniers chiffres de la DARES de septembre 2023, les salaires de base réels (c’est-à-dire après prise en compte de l’inflation) ont reculé de 3% en 3 ans … si l’on s’appuyait sur l’IPCH ce serait même 5%.  

L'importance de l'analyse économique et financière pour les IRP

Enfin, dans ce nouveau contexte, M. Nicoud a rappelé l’importance de l’analyse économique et financière de son entreprise pour les représentants des salariés : comprendre comment ont évolué les marges de l’entreprises au regard de l’inflation, son impact sur le partage de la valeur ajouté etc… Il s’agit de décrypter les comptes pour identifier des arguments économiques comme leviers des négociations. Au-delà du décryptage des comptes, la question de la mesure de l’inflation est une question éminemment politique et il importe de s’outiller pour pouvoir débattre et bien négocier avec les directions.

Partagez cet article !