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Auto : le point sur la crise des semi-conducteurs, interview

Avec la pénurie de semi-conducteurs, l’industrie automobile rencontre d’importants problèmes de production. Nos experts Hugues et Philippe vous expliquent pourquoi.  

auto et semi-conducteurs

Quels sont les composants concernés  ?

Hugues Souteyrand - Les semi-conducteurs entrent dans la composition de nombreuses pièces électroniques utilisées par l’automobile : principalement les microcontrôleurs (un SUV en comporte une quarantaine), mais aussi les régulateurs de tension, les circuits de gestion de l’alimentation ou encore les capteurs d’image. 

D'où vient la pénurie de semi-conducteurs actuelle  ?

Philippe Darteyre - Lorsque les usines automobiles ont fermé au 1er semestre 2020 en raison de la pandémie du Covid-19, les constructeurs ont annulé brutalement leurs commandes pour ne pas se retrouver avec des stocks. En septembre 2020, la demande automobile est repartie plus vigoureusement que prévu, amplifiée par l’accélération de la production de véhicules électrifiés, bien plus gourmands en puces que les véhicules traditionnels.  

Entre-temps, les capacités de production de semi-conducteurs ont été allouées à d’autres secteurs en pleine croissance. Face à eux, l'automobile ne fait pas le poids.

Entre-temps, les capacités de production de semi-conducteurs ont été allouées à d’autres secteurs en pleine croissance : smartphones 5G, PC portables et consoles de jeux. Face à eux, l’automobile ne fait pas le poids : elle représente 3% du chiffre d’affaires de TSMC (1er acteur mondial des semi-conducteurs), qui fournit 70% des microcontrôleurs utilisés par l’industrie auto.  

Quelles conséquences sur le secteur auto et sur la production dans le monde et en Europe  ?

Hugues Souteyrand - La pénurie est source de tensions entre constructeurs et équipementiers, car ces derniers peinent à fournir les modules prêts à assembler incluant de l’électronique (systèmes de freinage, sièges, airbags, etc.). Elle est aussi à l’origine d’une hausse du prix des puces estimée à 15% en moyenne (+30 à 40% dans certains cas). 

La pénurie est source de tensions entre constructeurs et équipementiers.

Au total, IHS estime que cette crise a empêché l'industrie automobile mondiale de produire environ 1 million de véhicules au 1er trimestre 2021. La Chine serait la plus concernée avec 350 000 unités non produites, suivie de l’Amérique du Nord (-200 000 unités) et de l’Europe (- 170 000 unités), où cette crise remet sur la table la question de la souveraineté industrielle de l’Europe en matière de composants électroniques. 

La situation ne devrait se détendre qu’à partir du 3e trimestre 2021 pour un retour à la normale prévu par IHS au 1er trimestre 2022. En attendant, les difficultés de production s’ajoutent aux conséquences économiques de la crise sanitaire.  

>> Lire aussi : Tendances de marché 2021

Les arrêts d’activité dans les usines auto françaises

Certaines usines subissent plus fortement que d'autres la pénurie de semi-conducteurs.

Chez Renault, les usines de Douai et Flins sont particulièrement touchées, Flins subissant 4 semaines de fermeture en mars et avril. À Maubeuge, plusieurs jours d’arrêt ont été constatés en mars, 3 jours à Sandouville. Les usines moteur de Cléon et châssis du Mans ont également été concernées quelques jours en mars.

Chez PSA, seules les unités terminales ont été touchées. Une des 2 lignes de Sochaux a suspendu son activité durant 3 semaines en mars-avril, et Mulhouse cumule 8 jours d’arrêts sur ces deux mêmes mois. Rennes n’aurait subi que 2 jours d'arrêt au 1er trimestre et ferme 1 semaine en avril ; quant à Poissy, l’usine tournerait à plein.

>> Lire aussi : Renault / PSA : des situations et des stratégies différentes

A propos de nos experts

experts auto Syndex

Hugues est expert auto Syndex en Occitanie Pyrénées et Philippe est expert auto Syndex en Pologne.

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