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La transition énergétique entre risques et opportunités

Émettre moins de CO2, limiter la consommation d’énergie, sortir de la dépendance aux énergies fossiles, ces quelques objectifs de la transition énergétique conduisent à une modification profonde des modes de production et de consommation d’énergie.

Entamé il y a une dizaine d’années, ce mouvement a des implications sur des secteurs aussi divers que l’automobile et le bâtiment et rebat les cartes pour de nombreux acteurs industriels. Quelles perspectives en France pour les principaux secteurs concernés et leurs salariés ?

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Étroitement liée aux politiques de lutte contre le réchauffement planétaire, la transition énergétique trouve l’essentiel de son cadre réglementaire dans les négociations internationales sur le climat. Bien qu’ils ignorent la question du financement, les textes qui en émanent poussent les acteurs économiques au changement, comme en témoigne l’exemple des normes d’émissions de gaz à effet de serre pour l’automobile.

En matière d’énergie primaire, le mix énergétique de demain se joue aujourd’hui : à l’horizon 2040, le gaz et les énergies renouvelables devraient se développer, au détriment du pétrole et du charbon, tandis que le nucléaire resterait stable dans le mix mondial. Parallèlement, l’efficacité énergétique se développera.

Ce changement majeur s’accélère actuellement comme l’illustre l’Agence internationale de l’énergie avec la baisse plus rapide qu’anticipé des coûts des technologies bas carbone : depuis 2010, les coûts du solaire photovoltaïque ont baissé de 70%, ceux de l’éolien de 25% et ceux des batteries de 40%.

DIGITALISATION

La mise en place de réseaux électriques digitaux, intégrant capteurs et logiciels, se révèle incontournable pour réussir à intégrer une part plus importante d’énergies renouvelables par nature intermittentes et décentralisées. Au-delà des réseaux, des modèles d’affaires liés à l’exploitation des données générées par des produits communicants se développent et devraient à terme modifier en profondeur les marchés de l’énergie. Si les acteurs du monde des data centers, des réseaux et de l’industrie communiquent largement sur leur transformation, la rentabilité réelle de ces activités reste à confirmer. Ce mouvement se joue sur moyen et long terme, et le déploiement de la 5G, en facilitant la transmission des données, devrait aider à la mise en œuvre effective de ces technologies.

RECONFIGURATION

Les acteurs économiques adaptent leurs stratégies à ce nouvel environnement. Du côté des pétroliers, Total a ainsi procédé à des acquisitions importantes dans le photovoltaïque, le stockage et l’électricité, devenant un concurrent d’EDF. Les producteurs d’énergie Engie et EDF affichent désormais les renouvelables et les services énergétiques comme un axe stratégique de leur développement.

Enfin, un équipementier comme Schneider Electric se développe dans le logiciel afin de se protéger du risque d’interposition des géants du numérique sur ses marchés, alors que Legrand table sur des partenariats avec Google ou Microsoft pour gérer l’intégration de ses produits connectés.

DESTRUCTION ET CRÉATION D'EMPLOIS

En France, le débat se cristallise autour d’une opposition nucléaire contre énergies renouvelables et efficacité énergétique. Cependant, le vrai débat n’est peut-être pas là. Le Monopoly capitalistique généré par les mutations en cours fait une victime : l’emploi industriel, que les emplois disparaissent ou que les industriels les créent ailleurs. Si l’installation de panneaux photovoltaïques ou la maintenance d’une pompe à chaleur nécessitent l’intervention de techniciens présents localement, rien n’oblige en revanche à ce que les boîtiers électriques, les mâts d’éoliennes ou les batteries automobiles soient fabriqués sur place.

Les stratégies des industriels seront donc déterminantes pour le maintien d’emplois sur le territoire.
Les principaux emplois perdants sont ceux liés aux énergies fossiles. Ainsi, entre 2009 et 2013, 5 des 12 raffineries françaises ont cessé de fonctionner. L’avenir des unités restantes dépendra de l’évolution de la demande de pétrole (en baisse régulière pour la voiture particulière, mais à confirmer pour les autres modes de transport et la pétrochimie). Au-delà de la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, EDF s’apprête à arrêter centrales thermiques et centrales à charbon.

Chez les équipementiers, les restructurations continuent d’aller bon train, quand bien même ils saisissent les opportunités offertes par la transition énergétique et le soutien politique et réglementaire au développement des nouveaux marchés. Schneider Electric, champion français et leadeur mondial de la distribution électrique, restructure ainsi depuis 15 ans sa base industrielle en France sans que l’on voie d’inflexion à cette politique dans les années à venir.

De même, le groupe General Electric saisit le creux de cycle actuel, directement lié à la transition énergétique, pour restructurer sévèrement ses usines en France, malgré des perspectives de long terme bien orientées. Même dans le bâtiment, pourtant reconnu comme le principal secteur gagnant en termes d’emplois, les perspectives sont freinées par des questions de financement et de gouvernance.

Transition énergétique, numérique et conditions de travail

Cependant, tout n’est pas noir. Les majors investissent dans les filières bas carbone qui créent de l’emploi.
Déjà présent dans l’éolien, EDF entend se développer fortement dans le solaire et a annoncé fin 2017 vouloir installer 30 gigawatts de capacités photovoltaïques en France d’ici à 2035, ce qui devrait soutenir sa filiale Photowatt. Total poursuit lui aussi sa diversification dans les renouvelables : acquise en 2011, sa filiale Sunpower, n°2 mondial, a installé deux usines de panneaux photovoltaïques en France, la raffinerie de La Mède se reconvertit dans la production de biocarburants - sous réserve de trancher le débat sur l’huile de palme - et, en rachetant Direct Énergie, Total met la main sur 2 GW de projets renouvelables.

Dans l’éolien, la filière s’étoffe. Le développement des éoliennes terrestres, réel, se traduit par des créations d’emplois.
La filière éolienne off-shore comme les énergies marines, toutes deux naissantes, intéressent aussi les industriels qui, malgré les incertitudes actuelles sur le prix de rachat du kiloWatt/heure, installent des usines en France (cf. GE et LM Wind à Cherbourg, où 550 emplois devraient être créés).

Métiers de la maintenance

Les métiers de la maintenance sont faiblement exposés au risque de délocalisation

TERRITOIRES

Éolien, photovoltaïque, stockage, biogaz, solaire thermique, méthanisation, réseau électrique intelligent, véhicule électrique… ces nombreuses solutions par nature décentralisées devront faire système à une échelle locale et globale pour permettre une mise en oeuvre effective de la transition énergétique. La place des territoires est ainsi déterminante : les collectivités territoriales devenues autorités organisatrices de l’énergie pourront créer des structures de production d’électricité renouvelables et auront, pour ce faire, accès à des financements de l’État ou de l’UE. Soit un changement considérable pour un pays dont le système électrique est fortement centralisé. Les collectivités auront également à gérer les conséquences de la transition en termes d’emplois et de compétences. Les bassins d’emplois du Havre ou de Carling-Saint-Avold, parmi une vingtaine d’autres territoires, vont ainsi bénéficier de « contrats de transition écologique ». Ce nouveau dispositif associe collectivités et entreprises afin d’accompagner la conversion d’un territoire – et des compétences de ses salariés –, à l’économie bas carbone. Il aurait été souhaitable que les représentants des salariés y soient également associés

RÔLE À JOUER

Il est communément admis qu'il y aura des gagnants et des perdants de la transition en termes d'emplois. Les syndicats jugent ainsi la transition énergétique inéluctable et militent pour une "transition juste" qui tienne compte des besoins des salariés, par exemple en matière de formation. Si l'État a une capacité d'impulsion et d'orientation, la balance de l'emploi penchera du bon ou du mauvais côté principalement en fonction de la stratégie des acteurs industriels. Face à eux, les IRP devront mobiliser leurs outils, tels que Syndex, pour faire valoir une transition juste.

les chiffres de la transition énergétique

Le Mag - La transition énergétique

Découvrez l'intégralité du deuxième numéro du "Mag Syndex" consacré à la transition énergétique

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